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Un rendez-vous médical très original

eduardus Par Le 16/11/2019 0

Dans Itinéraire onirique

Itinéraire onirique

 

Un rendez-vous médical très original

 

Après avoir été figé devant des vitraux dans une église obscure, j’entame un dialogue avec un abbé imposant et austère.

 

Il s’exprime dans une langue parfaitement inconnue. Je suis soudainement téléporté dans un autre secteur. Je me retrouve dans une situation conflictuelle aux côtés d’une poignée de mages aguerris. Nous nous efforçons de lancer des sortilèges contre des hordes de créatures démoniaques plus repoussantes les unes que les autres ! Ce sont d’immenses gargouilles tirées de leur sommeil éternel ; les voilà dans une forme olympique après quelques millénaires de torpeur. Certains de ces monstres sont encore plus intrigants : une variété se distingue par sa très longue taillée combinée à un corps efflanqué recouvert de pustules grisâtres. Leur visage présente des traits asymétriques, avec des yeux ovoïdes carrément surdimensionnés. Me trouvant à l’intersection de deux tunnels dans un entrepôt délabré, je recours alors à un pouvoir surnaturel afin de repousser les différentes vagues d’ennemis infernaux. Il s’agit d’une décharge de lumière mauve. Plus précisément, je peux émettre un déversement de poussières avec une teinte légèrement violacée. Ce don extraordinaire se manifeste grâce à des gestes simples - mais ce sont de vrais courants de fumée irritantes qui se dérobent ainsi des entrailles terrestres sous mon commandement. Hélas, les enchanteurs qui m’accompagnent commencent à essuyer des revers mortels. La pression de la mort devient plus écrasante qu’une pluie de météores. Les survivants réfractaires m’avertissent tout à coup de l’épuisement de ma faculté hors du commun. Ils ne me confient aucun renseignement complémentaire. Quelques secondes plus tard, la plupart d’entre eux s’engouffrent dans une fosse remplie de gargouilles frénétiques. Redoutant cet « assèchement » de mon don, je prends l’initiative de me retirer du front qui se rétrécit comme peau de chagrin.

 

J’abandonne mes conseillers impuissants à leur sort sans espoir.

 

Je me précipite dans une direction opposée au lieu de cette bataille désastreuse. Peu à peu, je m’introduis dans un paysage urbain entièrement dévasté, jonché d’immeubles écroulés et de ruines enflammées. Je ne m’en préoccupe guère et je poursuis ma course effrénée. Je fais preuve d’une célérité surhumaine dans mes déplacements. Au moment où je me retourne, je constate qu’une cohorte de démons faméliques me talonne. Mais je parviens à semer  ce bataillon des Enfers à mes trousses en dépensant mon énergie subsistante. Sur mon chemin de croix, j’aperçois un garçonnet en plein désarroi dans une rivière de cendre. Je tente de le secourir tant bien que mal. Hélas ! L’enfant s’est volatilisé dès ma première approche. N’insistant pas devant cette illusion pénible, je continue à chercher un abri pour reprendre des forces. Finalement, j’atteins une demeure dont l’entrée semble avoir été littéralement happée par une mâchoire de titan. L’entrée étant obstruée par un monceau de ruines et des débris de la toiture, je pénètre autrement dans cette maison croquée par des dents gigantesques : en effet, j’arrive à rentrer dans un garage attenant qui est presque intact. A l’intérieur de la propriété plus ou moins abandonnée, je vois un long couloir qui se déroule à ma gauche. Cet accès conduit vers une porte en fer forgé. Une autre pièce est visible à ma droite.

 

Un modeste carreau sur le mur me permet de jeter un coup d’œil à l’extérieur. Je ne vois personne à signaler. Le ciel est sous l’emprise de nuées toxiques qui semblent former une brume de plus en plus opaque. Il ne me faut pas plus de temps pour prendre conscience de la nature des lieux qui m’entourent : je ne me suis pas aventuré dans un pavillon simplement déserté. Non. Cette maison parsemée de moisissures et de coulées de rouilles solidifiées comporte trop de bizarreries. Certes, il y a cette porte de fer… Mais je relève aussi d’autres portes en bois grinçantes plus détériorées qu’un cadavre miteux dans le fond d’un cercueil. Les cloisons sont lacérées par les griffes d’esprits contrariés. Malgré tout, je suis irrésistiblement attiré par cet endroit. Je veux en savoir plus. Mes premières inquiétudes s’envolent vers un autre monde. Pourtant, j’entends des susurrements étouffés et de légers craquements depuis la porte à ma gauche. Interloqué, j’ouvre cette dernière sans aucun réticence. La poignée est très grasse et ronfle comme un gobelin endormi.

 

Soudainement, deux monstruosités d’un autre âge franchissent se dirigent vers le seuil de cette pièce absorbée par les ténèbres. J’ai heureusement le temps de me reculer pour éviter un contact peu recommandable avec de tels locataires. Les créatures progressent à quatre pattes dans le couloir sans m’accorder le moindre intérêt. Ce sont deux animaux revêtant une allure préhistorique ; elles ressemblent à une espèce de dinosaures, comme des tyrannosaures de moindre gabarit. Leur gueule très prognathe est armée d’une rangée de dents magnifiquement acérées. Me sentant menacé par ces créatures en dépit de leur indifférence, je dégaine un Smith & Wesson et j’appuie à deux reprises sur la détente de ce revolver. Je perce ainsi la boîte crânienne de ces propriétaires atypiques.  Puis je m’insinue enfin dans la fameuse pièce plongée dans une obscurité presque totale. Je me faufile jusqu’à une espèce de cage faiblement éclairée, contenant des ossements humains éparpillés avec un soin méticuleux. Des marques suspectes sur des tibias indiquent une dégustation récente. Retournant sur mes pas, je remarque une étagère poussiéreuse dans un coin de la pièce. Je m’accapare une clé noire posée sur ce meuble. Autour de moi, j’entrevois seulement d’autres cellules d’une taille minuscule. Mais j’ai l’intuition que cette clé entre mes doigts ne me donnera accès qu’à la porte en fer au bout du couloir principal.

 

Je m’y rends en toute hâte pour glisser la clé dans la serrure de cette porte.

 

A mi-chemin, un homme vêtu d’une épaisse blouse blanche surgit tout à coup devant moi et s’exclame jovialement : « Le bonheur, c’est l’incision ! ». Après m’être plaqué contre le mur pour me soustraire à l’effrayant inconnu, je suis surpris par son inactivité momentanée. Je croise son regard avec fébrilité. Ses yeux jaunes flambent comme des lanternes dans le jardin du Diable. Son visage est décoré de coupures et de cicatrices recouses de façon maladroite. Je me recule d’autant plus lorsque je constate que cet importun détient un petit modèle de tronçonneuse silencieuse. Des spasmes le frappent en permanence et témoignent de ses tendances psychotiques. L’individu porte aussi de longues bottes cirées qui sont maculées de sang frais. Jusqu’alors immobile avec un rictus inepte, le personnage se réveille et semble finalement déterminé à vouloir me déchiqueter. Je presse de nouveau la détente de mon pistolet en ressentant une lourdeur de plus en plus gênante. Les balles que je tire ricochent sur le visage du médecin post-apocalyptique. Je me rue aussitôt vers une pièce voisine sans être pris en chasse par le clinicien douteux. Je me retourne alors vers celui-ci ; il se contente d’arborer un sourire d’une parfaite sérénité… Comme un chirurgien face à son patient sur sa table d’opération.

 

Fuyant le regard macabre du savant, je me rends compte que j’ai pris place dans un salon assez bien éclairé. Mais encore une fois, je ne suis pas seul. Un bonhomme corpulent trône sur un canapé. Cet anonyme obèse au teint olivâtre est complètement balafré de la tête aux pieds. Une fente sanguinolente apparait au niveau de sa gorge et « arrose » son enveloppe graisseuse. Cette chose jusqu’alors inanimée commence à respirer laborieusement, à un rythme saccadé. Est-il une des proies du médecin… qui devient introuvable. Entendant quelque chose en train de remuer derrière une fenêtre du salon, je me rapproche - en restant sur mes gardes à cause du défunt qui rechigne à nous quitter. A travers la vitre, je vois le médecin décontracté qui arrose des plantes mortes dans une véranda. Sans me l’expliquer, je décide de m’enfoncer toujours plus dans la maison en déverrouillant cette fois-ci la porte de fer. J’explore un nouveau secteur de la demeure. Le couloir se prolonge indéfiniment. Sentant que le désaxé pourrait intervenir de nouveau sans pouvoir l’entendre ni le voir, j’essaye de me cacher. Or, je trouve seulement des armoires encombrées d’affaires diverses autour de moi. Les étagères m’empêchent aussi de rentrer dedans. Je m’avance nerveusement jusque dans une salle de bain. J’accours vers une vieille baignoire pour me dissimuler derrière son rideau de douche. J’ignore si cette cachette s’avérera utile ou bien futile.

 

J’espère qu’il ne me retrouvera pas.

 

 

D.U.

(26/06/2018 pour la version manuscrite, remaniement du texte le 16/11/2019).   

 

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